Seconde étape de la production, la fabrication des boitiers de la Collection Union. Dans l’article précédent, vous avez pu découvrir comment les cadrans ont pris leur forme plate ou incurvée. Aujourd’hui vous allez découvrir la suite du journal de bord avec cette fois le savoir-faire autour des boitiers.

Avant de commencer, il faut savoir que nos boitiers ne sont pas conçus comme n’importe quels boitiers. Généralement, les cornes sont parties intégrante du boitier, mais chez Beaubleu, les cornes viennent l’encercler et se visser à l’intérieur du boitier. Les défis qu’implique notre design résident donc dans l’ajustement des pièces et du traitement des surfaces. Un processus passionnant mais pas sans risque…

18 Avril 2020

Nous commençons donc la fabrication des boitiers. Autant vous dire que, pour l’instant, ce sont de simples blocs d’acier. Le chemin va être long avant d’en arriver à la pièce finale… Pour passer de l’ébauche à la pièce finalisée, nous devons suivre différentes étapes entrecoupées par des opérations de mesures et de recuisson du métal.

La première étape pour faire la carrure consiste donc à modeler la pièce brute. Un simple bloc qui va successivement être compressé et aplati une dizaine de fois à l’aide de laminoirs – machines constituées de cylindres en acier trempés. Cette phase a un impact sur la qualité du métal pour le rendre compact, solide et modelé au plus prêt de la forme finale. Bien que cette étape puisse paraître grossière, chaque pièce devra passer un premier test de dimension stricte, car chaque variation se verra sur le produit final… La tension commence à monter !

5 Mai 2020

Nous sommes aujourd’hui à l’atelier pour contrôler les premières pièces de cette étape : l’étampage. Nous discutons avec nos artisans des différentes difficultés rencontrées et les solutions choisies.

L’opération d’étampage, qui s’apparenterait à un découpage, consiste à mettre en forme la carrure par un poinçon qui vient écraser la matière. Répétée plusieurs fois, le métal trouve sa forme progressivement. Entre chaque étampage la pièce est recuite et de nouveau remesurer.

On commence à apercevoir les premiers éléments d’une montre Beaubleu tel que les cornes. Ces dernières sont travaillées séparément de la carrure et elles ne sont aujourd’hui qu’une silhouette du design. On reste sans pitié face à la qualité alors chaque pièce est recuite et remesurer. Les pièces non conformes sont retravaillées ou entièrement refaites.

18 Mai 2020

Une fois l’étampage fini, la pièce est maintenant prête à être usinées. Le processus d’usinage est une étape importante et un raté à ce niveau de la fabrication peut entrainer des coûts conséquents. Cette étape consiste a sculpté la forme finale des pièces en se focalisant sur l’aspect mécanique, c’est-à-dire s’assurer du placement et du perçage pour la visserie, l’ajustement des pièces entre-elles (cornes, boitiers et mouvements) et la qualité des formes (chanfreins, congés, courbes et aplats).

Beaubleu collection union boitier d'une montre automatique aux aiguilles rondes encerclé par une corne
Mise en place d’une corne évidée qui encercle le boitier.

A cette étape, il n’y a plus de doute, nous avons bien devant nous les pièces Beaubleu. Les cornes sont évidées à l’aide d’un bras capable de se positionner sur 5 axes. Cette technique appelée généralement « usage CNC 5 axes » est destinée aux petites séries, de plus dans notre cas, il s’agit de la technique la plus poussée pour obtenir le résultat escompté. La finesse des cornes et leur position sur la montre doivent être traités à la fois par une machine commandée par ordinateur puis ensuite retravaillé à la main. Alex, spécialiste de l’usinage, nous résume en rigolant sa journée : « Vos cornes sont belles…mais quel enfer à réaliser ». Pour ne rien gâcher, même usinée par des machines précises au dixième de millimètre, chaque pièce est remesurée et refaite depuis le début si considérée comme non conforme… la tension est palpable dans l’atelier 

30 Mai 2020

Nous le savions, mais l’étape d’usinage étant extrêmement délicate, un grand nombre de pièces ne se sont pas conformes : déformations de certaines pièces à cause d’une variation du métal, découpes trop grandes et bien d’autres « plaisirs » inattendus. Alors on reste calme … et on recommence. Pour l’instant, cela n’impacte pas sur les délais de production, c’est déjà une première victoire pour aujourd’hui.

10 Juin 2020

Après la frayeur des derniers jours et de l’assouplissement des conditions de travail du Gouvernement face au Covid-19, nous entamons aujourd’hui la plus belle des étapes : le traitement des surfaces. Nous sommes passés d’un grossier bloc d’acier à une montre brute, il est donc temps de donner l’aspect final du métal de la collection Union : grainé et poli. Dans un premier temps, toutes les pièces visibles sont placées dans une caisse étanche où sera projetée, à grande vitesse, du sable très fin. L’abrasion de l’acier donnera alors cet aspect grainé, presque poudré. Le défi ici est de contrôler au mieux la taille des grains pour obtenir un grainage homogène et délicat.

16 Juin 2020

Il est temps de passer à l’étape du polissage. A l’aide d’un tour, les pièces sont polies en faisant extrêmement attention à ne pas dépasser sur les surfaces grainées. Malgré le bruit sourd des machines, l’atelier est plongé dans un silence religieux, chaque artisan est concentré. Un seul mouvement peut endommager la surface sablée et si cela est le cas, nous devons recommencer le sablage complètement.

Un autre élément doit être pris en compte : la qualité de surface. Hormis l’absence de rayure, les experts qualité et notre designer Nicolas vérifient comment la lumière et l’environnement s’expriment sur la montre. C’est comme pour une carrosserie de voiture, le dessin des reflets va vous indiquer si la pièce est « voilée », concave ou convexe. C’est clairement une question d’expérience à ce niveau là, car si on enlève trop de matière au polissage et c’est l’assurance de recommencer la pièce depuis le début.

Il y a une mention spéciale pour les cordes évidées. Comme aucun outil motorisé n’est assez petit pour polir l’intérieur, les finitions sont réalisées entièrement à la main. Pour le moment, les choses avancent bien, quelques rebus, comme pour toute production horlogère, sont constatés, mais rien d’alarmant.

17 juin 2020

Petit contrôle de routine sur les premières montres en acier. Les angles des pièces sont bien maîtrisés et on se voit dans les surfaces polies. Quelques pièces ont été retravaillées pour se conformer à nos exigences de qualité. Il reste encore aujourd’hui différentes étapes comme le traitement de certains modèles comme l’Audace ou l’Olympe de la ligne Rive Gauche et évidemment l’assemblage final. En attendant nous nous concentrerons sur nos fameuses aiguilles rondes et leur processus de fabrication n’aura presque plus de secret pour vous.

Nous avons tous, enfin presque tous, repris le chemin du travail, la vie reprend petit à petit, et ainsi, depuis maintenant quelques semaines, la production des montres de la Collection Union a commencé. Cet article sera le premier d’une petite série que nous tiendrons, tel un journal de bord afin que vous puissiez suivre jour après jour, avec nous, le processus de fabrication et les différentes étapes ; des cadrans aux bracelet en passant par le boitier et nos aiguilles rondes.

Aujourd’hui nous allons vous parler des cadrans. À l’origine, il s’agit d’une simple plaque de métal, qui va rapidement se retrouver au centre de l’attention. Si nous considérons le boitier comme le corps de la montre, le cadran en est donc le visage délicat. C’est le premier élément qui va attirer votre oeil, il est alors important de le réaliser dans les règles de l’art avec une qualité irréprochable. Oui, vous avez bien lu, nous avons dit le mot « art ». Attention, la fabrication de cadran est loin d’être une sous-catégorie de l’horlogerie, il exige un certain savoir-faire car si le cadran doit être à la fois beau et lisible il est aussi réalisé avec une précision extrême. Il est le support de nombreux éléments tels que les indexes, les décorations ou simplement les inscriptions. De plus, pour que les aiguilles glissent correctement dessus, sans risquer de toucher le verre qui les recouvrent ou les autres pièces du cadran, chaque mesure doit être effectuée au centième de millimètre près.

Pour nos montres, la difficulté supplémentaire va être le cadran incurvé, qui demande un savoir-faire et une technique unique.

15 avril 2020

Premier jour de la production. L’excitation est à son comble, après des semaines de campagne de précommande et l’incertitude à laquelle nous avons tous fait face à cause du contexte compliqué engendré par le COVID-19, nous commençons finalement le découpage de la plaque d’acier qui deviendra un cadran plat ou incurvé. Il s’agit ici de réaliser le contour extérieur et le contour central où se logera le canon du mouvement. Le canon accueillera par la suite nos fameuses aiguilles circulaires. Le processus de découpe s’arrête ici pour le cadran plat, en revanche, pour le cadran incurvé, il va falloir sculpter une plaque d’acier plus épaisse afin de lui donner sa forme en « cuvette ».

20 avril 2020

Ce jour-là, nous avons soudé les pieds aux cadrans. Ces pieds vont se clipper sur le mouvement afin de positionner le cadran pour les opérations suivantes et l’assemblage final.

25 avril 2020

Ce mercredi, les choses sérieuses commencent. A l’aide d’un papier abrasif, nous allons adoucir la plaque de métal. Cette étape va permettre de supprimer les résidus d’usinage, pour poncer la surface par la suite, et enfin la préparer au polissage.

Directement après ces étapes de préparation du cadran, avant le laquage et le vernissage, il faut polir correctement la plaque afin d’obtenir une surface parfaitement lisse pour enlever les micro-rayures. Cette étape du processus est très méticuleuse, on établit les bases pour les pièces de qualité afin de limiter les problèmes qui peuvent être rencontrés par la suite (car bien sûr, il y a toujours des problèmes de dernière minute qui arrivent…).

Les cadrans incurvés bleus et verts en cours de fabrication pour les montres automatiques aux aiguilles rondes de la Collection Union par Beaubleu

27 avril 2020

Les cadrans ont maintenant leur forme voulue, ils sont polis et prêts à recevoir leur première couche de laque pour les cadrans incurvés et de vernis pour les cadrans plats.  Nous entamons ici l’étape finale de la fabrication des cadrans, mais surtout très délicate.

Qu’il s’agisse de la laque ou du vernis, le processus reste le même, mais le rendu est différent, comme vous pouvez le constater sur les photos ou lors des présentations de découverte de la Collection Union. Afin d’éviter que des particules de poussière ou de pollution vienne s’installer sur le cadran, nous l’isolons dans une cabine spéciale avec des conditions très strictes. Nos standards de propreté sont élevés, toujours dans un souci de qualité. Ensuite, le vernis est donc appliqué avec soin, puis nous le laissons sécher et adhérer à la plaque de métal avant de rajouter une seconde couche pour obtenir nos fameuses couleurs velours. Généralement une laque s’applique sur une surface plate et ainsi il est facile de maitriser l’épaisseur des différentes couches à poser. Sur nos cadrans incurvés l’opération est plus compliquée et nécessite une technique spéciale qui est une recette secrète de la Maison !

Les cadrans incurvés bleus et verts et plats bleus blanc et noirs en cours de fabrication pour les montres automatiques aux aiguilles rondes de la Collection Union par Beaubleu

7 mai 2020

Nos cadrans s’habillent dorénavant de leur couleur velours. Il est donc temps de s’attarder sur les derniers détails, mais pas les moindres. Commençons par le décalque, il s’agit ici d’ajouter les inscriptions devant apparaître sur la surface. Que ce soit sur les cadrans plats ou incurvés, vous retrouverez toujours les trois mêmes inscriptions, à différents endroits bien sûr, « Beaubleu Paris », « automatique » et « création parisienne ». Ce processus de tampographie est réalisé dans une salle blanche pour de nouveau éviter l’incruste de particules de poussière et pollution. Une question vous vient surement en tête, mais qu’est-ce que la tampographie ? Il s’agit d’une technique de tampon. Un outil en forme de poire récupère l’inscription à l’encre sur une surface gravée puis la déplace sur le cadran en une fois afin de réaliser une inscription nette et précise.

12 mai 2020

Nous ne tenons plus en place, ce jour-ci nous avons avons inséré les indexes. Apposé les indexes qui sont sous forme d’applique nécessite encore une technique différente. Il faut appliquer ces éléments minutieusement à leur place réservée sur le cadran. Ainsi elles créent un effet de relief qui accentue les contrastes du cadran et ainsi de la montre. Et vous le savez, tout est histoire de contraste avec les montres Beaubleu !

20 mai 2020

C’est le moment du contrôle qualité, étape importante car elle détermine les pièces qui pourront être utilisées et celles qui présentent des défauts.

27 mai 2020

Suite au contrôle qualité des cadrans, des défauts ont été décelés sur 4% des pièces. Ces défauts, non visibles à l’œil nu sont, le plus souvent, des micropoussières entre le vernis et la plaque de métal ou des microbulles dans la tampographie. Ils entrainent donc la mise à l’écart de ces pièces afin de les refaire en recommençant du début. Par ce processus, nous installons un standard de qualité pour le choix des pièces, et donc pour les pièces finales.

C’est ainsi que prend fin la première partie de notre journal de bord de la production de la Collection Union. Dans le prochain article, nous vous détaillerons la fabrication des boitiers, qui requiert un savoir-faire différent, mais tout aussi passionnant.