Nous avons tous, enfin presque tous, repris le chemin du travail, la vie reprend petit à petit, et ainsi, depuis maintenant quelques semaines, la production des montres de la Collection Union a commencé. Cet article sera le premier d’une petite série que nous tiendrons, tel un journal de bord afin que vous puissiez suivre jour après jour, avec nous, le processus de fabrication et les différentes étapes ; des cadrans aux bracelet en passant par le boitier et nos aiguilles rondes.

Aujourd’hui nous allons vous parler des cadrans. À l’origine, il s’agit d’une simple plaque de métal, qui va rapidement se retrouver au centre de l’attention. Si nous considérons le boitier comme le corps de la montre, le cadran en est donc le visage délicat. C’est le premier élément qui va attirer votre oeil, il est alors important de le réaliser dans les règles de l’art avec une qualité irréprochable. Oui, vous avez bien lu, nous avons dit le mot « art ». Attention, la fabrication de cadran est loin d’être une sous-catégorie de l’horlogerie, il exige un certain savoir-faire car si le cadran doit être à la fois beau et lisible il est aussi réalisé avec une précision extrême. Il est le support de nombreux éléments tels que les indexes, les décorations ou simplement les inscriptions. De plus, pour que les aiguilles glissent correctement dessus, sans risquer de toucher le verre qui les recouvrent ou les autres pièces du cadran, chaque mesure doit être effectuée au centième de millimètre près.

Pour nos montres, la difficulté supplémentaire va être le cadran incurvé, qui demande un savoir-faire et une technique unique.

15 avril 2020

Premier jour de la production. L’excitation est à son comble, après des semaines de campagne de précommande et l’incertitude à laquelle nous avons tous fait face à cause du contexte compliqué engendré par le COVID-19, nous commençons finalement le découpage de la plaque d’acier qui deviendra un cadran plat ou incurvé. Il s’agit ici de réaliser le contour extérieur et le contour central où se logera le canon du mouvement. Le canon accueillera par la suite nos fameuses aiguilles circulaires. Le processus de découpe s’arrête ici pour le cadran plat, en revanche, pour le cadran incurvé, il va falloir sculpter une plaque d’acier plus épaisse afin de lui donner sa forme en « cuvette ».

20 avril 2020

Ce jour-là, nous avons soudé les pieds aux cadrans. Ces pieds vont se clipper sur le mouvement afin de positionner le cadran pour les opérations suivantes et l’assemblage final.

25 avril 2020

Ce mercredi, les choses sérieuses commencent. A l’aide d’un papier abrasif, nous allons adoucir la plaque de métal. Cette étape va permettre de supprimer les résidus d’usinage, pour poncer la surface par la suite, et enfin la préparer au polissage.

Directement après ces étapes de préparation du cadran, avant le laquage et le vernissage, il faut polir correctement la plaque afin d’obtenir une surface parfaitement lisse pour enlever les micro-rayures. Cette étape du processus est très méticuleuse, on établit les bases pour les pièces de qualité afin de limiter les problèmes qui peuvent être rencontrés par la suite (car bien sûr, il y a toujours des problèmes de dernière minute qui arrivent…).

Les cadrans incurvés bleus et verts en cours de fabrication pour les montres automatiques aux aiguilles rondes de la Collection Union par Beaubleu

27 avril 2020

Les cadrans ont maintenant leur forme voulue, ils sont polis et prêts à recevoir leur première couche de laque pour les cadrans incurvés et de vernis pour les cadrans plats.  Nous entamons ici l’étape finale de la fabrication des cadrans, mais surtout très délicate.

Qu’il s’agisse de la laque ou du vernis, le processus reste le même, mais le rendu est différent, comme vous pouvez le constater sur les photos ou lors des présentations de découverte de la Collection Union. Afin d’éviter que des particules de poussière ou de pollution vienne s’installer sur le cadran, nous l’isolons dans une cabine spéciale avec des conditions très strictes. Nos standards de propreté sont élevés, toujours dans un souci de qualité. Ensuite, le vernis est donc appliqué avec soin, puis nous le laissons sécher et adhérer à la plaque de métal avant de rajouter une seconde couche pour obtenir nos fameuses couleurs velours. Généralement une laque s’applique sur une surface plate et ainsi il est facile de maitriser l’épaisseur des différentes couches à poser. Sur nos cadrans incurvés l’opération est plus compliquée et nécessite une technique spéciale qui est une recette secrète de la Maison !

Les cadrans incurvés bleus et verts et plats bleus blanc et noirs en cours de fabrication pour les montres automatiques aux aiguilles rondes de la Collection Union par Beaubleu

7 mai 2020

Nos cadrans s’habillent dorénavant de leur couleur velours. Il est donc temps de s’attarder sur les derniers détails, mais pas les moindres. Commençons par le décalque, il s’agit ici d’ajouter les inscriptions devant apparaître sur la surface. Que ce soit sur les cadrans plats ou incurvés, vous retrouverez toujours les trois mêmes inscriptions, à différents endroits bien sûr, « Beaubleu Paris », « automatique » et « création parisienne ». Ce processus de tampographie est réalisé dans une salle blanche pour de nouveau éviter l’incruste de particules de poussière et pollution. Une question vous vient surement en tête, mais qu’est-ce que la tampographie ? Il s’agit d’une technique de tampon. Un outil en forme de poire récupère l’inscription à l’encre sur une surface gravée puis la déplace sur le cadran en une fois afin de réaliser une inscription nette et précise.

12 mai 2020

Nous ne tenons plus en place, ce jour-ci nous avons avons inséré les indexes. Apposé les indexes qui sont sous forme d’applique nécessite encore une technique différente. Il faut appliquer ces éléments minutieusement à leur place réservée sur le cadran. Ainsi elles créent un effet de relief qui accentue les contrastes du cadran et ainsi de la montre. Et vous le savez, tout est histoire de contraste avec les montres Beaubleu !

20 mai 2020

C’est le moment du contrôle qualité, étape importante car elle détermine les pièces qui pourront être utilisées et celles qui présentent des défauts.

27 mai 2020

Suite au contrôle qualité des cadrans, des défauts ont été décelés sur 4% des pièces. Ces défauts, non visibles à l’œil nu sont, le plus souvent, des micropoussières entre le vernis et la plaque de métal ou des microbulles dans la tampographie. Ils entrainent donc la mise à l’écart de ces pièces afin de les refaire en recommençant du début. Par ce processus, nous installons un standard de qualité pour le choix des pièces, et donc pour les pièces finales.

C’est ainsi que prend fin la première partie de notre journal de bord de la production de la Collection Union. Dans le prochain article, nous vous détaillerons la fabrication des boitiers, qui requiert un savoir-faire différent, mais tout aussi passionnant.

Ça n’a pas pu vous échapper, les belles vous ont été révélées et l’engouement à propos de cette nouvelle collection a dépassé nos espérances ! Malgré l’effervescence de ce lancement, je souhaitais prendre quelques instants pour vous raconter la genèse de la Collection Union. Cette introduction est la première de trois volets sur le processus design de la Maison avant le lancement (tant attendu) des précommandes.

La cohérence

Il y a maintenant plusieurs mois, une question, plutôt redoutée, m’a été pausée : « alors, elle sera comment la nouvelle collection ? ». L’exigence de cette nouvelle création m’a beaucoup interpelée : comment offrir encore plus de surprise tout en gardant l’identité propre à Beaubleu ? A qui vont être destinée ces nouvelles montres ? Comment y intégrer les attentes de la communauté ? Je ne vous le cache pas, la tâche était de taille ! Cependant, avant de me jeter sur une feuille pour y gribouiller mes premières intuitions, j’ai sillonné Paris… Quelques antiquaires de Clignancourt, des galeries de mobilier de la rue de Seine, des pièces automobiles des années 60 à nos jours, des appartements cossus du Marais et quelques restaurants du 11ème arrondissement, autant d’endroits qu’il fallait pour créer ce fil conducteur qui suivrait toute la collection. C’est à ce moment que la cohérence doit naître.

J’ai donc imaginé cette montre comme un intérieur. D’une pièce à l’autre, l’aspect reste inchangé grâce à la conjugaison des matières dites chaudes et froides. La chaleur d’une table en bois brute cerclée d’une pièce en laiton, un canapé en velours accompagné d’une table-basse en marbre ou un luminaire en verre sur un guéridon laqué , tous ces contrastes qui jouent avec nos sens pour notre plus grand plaisir.

beaubleu-montre-automatique-aiguilles-rondes-circulaires-collection-union-details-RG-bleu

Comme souvent, nous avons la même vision que nos ambassadeurs. L’envie d’apporter de la couleur est donc devenue une évidence. « Alors un beau bleu ? » (Et non, vous n’êtes pas le premier à nous l’avoir faite). Mais quel bleu ? Quelles autres couleurs ? Pour garder le côté vibrant et chaleureux de l’architecture d’intérieur, j’ai commencé à me fournir en velours et satin pour trouver l’inspiration avec des couleurs « profondes », celles qui nous racontent des choses.

L’inspiration : mise en pratique

Une fois le fil conducteur établi, il devient très compliqué de ne pas poser sur le papier les premières idées tout en emmagasinant de nouvelles matières, images ou illustrations sur la table de travail. On essaye de mettre nos premières inspirations à l’épreuve du temps, savoir si on ne se lasse pas ou si les envies tiennent encore la route, que l’on soit plus ou moins bien luné. Processus long et parfois fastidieux qu’il ne faut surtout pas négliger, sinon la lassitude arrivera à votre poignet – et vous ne le savez que trop bien- il en est absolument hors de question !

Ensuite, j’ai compilé les inspirations finales, puis je les ai mélangé : un velours avec un acier poli ou sablé, un vert avec une peinture de Soulage ou un papier grainé sur une laque noir. Et sans un coup de crayon, les modèles se sont dessinés (presque) d’eux-mêmes.

Ainsi, l’étape d’inspiration touche à sa fin, mais elle va rester sur le mur de notre Studio jusqu’à la phase de production des prototypes, choisis par la communauté.

Cette étape fut (bien sûr) arrosée avec l’équipe autour d’un petit Nikka Coffee Grain et le lendemain, les choses sérieuses ont repris avec le commencement l’étape de création.

Maintenant je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour le deuxième volet de création de la Collection Union. Nous parlerons dessin et composition (phase qui a duré plus de 6 mois).

En vous souhaitant des heures merveilleuses,

Nicolas, designer Beaubleu

On vous l’a déjà dit par le passé avec l’atelier Penso, rencontrer un artisan c’est d’abord un voyage, qui est tout aussi captivant qu’hétéroclite. Le hasard des choses nous amène (pour une fois) au-delà de la vie parisienne, au milieu des vignes sous un soleil du Sud de la France, où nous rencontrons Romy de Lignée Studio qui nous parle de l’importance du temps dans ses créations.

Le temps : matière complexe pour créer

le luminaire d'envion 1000 bouteille Lignée Studio
Luminaire dans la salle des barriques

Notre parisianisme primaire nous interroge sur ce beau lieu de rendez-vous pour parler d’art, de création et de design. Un domaine viticole pour parler design ? Et bien oui, c’est d’ailleurs ici le commencement de toutes choses pour Romy et nous allons le découvrir de la plus belle des manières. Tout d’abord, une odeur qui se dégage du chai en pierre, celle de la douce humidité qui garde le vin et du bois des barriques. Puis, une fois à l’intérieur, cette ancienne des arts décoratifs nous fait partager le cœur de sa création – pas de vin mais de temps – celui qui bonifie, qui vous raconte une histoire et vous fait voyager non pas dans le temps mais les temps : passé, présent et futur.
Et c’est bien cela qui nous a fasciné chez Romy, sa capacité de puiser des formes et des usages dans les souvenirs du passés. Il y a ceux avec son père, où l’intelligence de la main amène spontanéité et caractère dans la réalisation. Mais il y a aussi ce lieu même où nous nous trouvons, surplombé d’une installation lumineuse constituée de près de 1000 bouteilles au dessus de la salle des barriques signée Lignée Studio.

Créer un objet tel un bijou, créer un bijou tel un objet

Questionner l’essence même du bijou, où le porteur n’est plus simplement une personne mais aussi un lieu. Rien d’art décoratif ici, mais par ses luminaires ou bijoux, Romy veut prolonger l’identité d’un  lieu ou de son possesseur. Évidemment rien d’étonnant que cela nous inspire, quand on lui demande comment elle arrive à créer ce lien entre création et destinataire ? Elle nous répond en tout spontanéité « comme vous êtes entrés ici, par le même procédé sensible, olfactif, visuel et sensoriel » . Recréer donc le lien émotionnel avec les objets qui nous entourent pour un utilisation plus juste et plus poétique, un crédo que Beaubleu ne peut qu’acquiescer.