On vous l’a déjà dit par le passé avec l’atelier Penso, rencontrer un artisan c’est d’abord un voyage, qui est tout aussi captivant qu’hétéroclite. Le hasard des choses nous amène (pour une fois) au-delà de la vie parisienne, au milieu des vignes sous un soleil du Sud de la France, où nous rencontrons Romy de Lignée Studio qui nous parle de l’importance du temps dans ses créations.

Le temps : matière complexe pour créer

le luminaire d'envion 1000 bouteille Lignée Studio
Luminaire dans la salle des barriques

Notre parisianisme primaire nous interroge sur ce beau lieu de rendez-vous pour parler d’art, de création et de design. Un domaine viticole pour parler design ? Et bien oui, c’est d’ailleurs ici le commencement de toutes choses pour Romy et nous allons le découvrir de la plus belle des manières. Tout d’abord, une odeur qui se dégage du chai en pierre, celle de la douce humidité qui garde le vin et du bois des barriques. Puis, une fois à l’intérieur, cette ancienne des arts décoratifs nous fait partager le cœur de sa création – pas de vin mais de temps – celui qui bonifie, qui vous raconte une histoire et vous fait voyager non pas dans le temps mais les temps : passé, présent et futur.
Et c’est bien cela qui nous a fasciné chez Romy, sa capacité de puiser des formes et des usages dans les souvenirs du passés. Il y a ceux avec son père, où l’intelligence de la main amène spontanéité et caractère dans la réalisation. Mais il y a aussi ce lieu même où nous nous trouvons, surplombé d’une installation lumineuse constituée de près de 1000 bouteilles au dessus de la salle des barriques signée Lignée Studio.

Créer un objet tel un bijou, créer un bijou tel un objet

Questionner l’essence même du bijou, où le porteur n’est plus simplement une personne mais aussi un lieu. Rien d’art décoratif ici, mais par ses luminaires ou bijoux, Romy veut prolonger l’identité d’un  lieu ou de son possesseur. Évidemment rien d’étonnant que cela nous inspire, quand on lui demande comment elle arrive à créer ce lien entre création et destinataire ? Elle nous répond en tout spontanéité « comme vous êtes entrés ici, par le même procédé sensible, olfactif, visuel et sensoriel » . Recréer donc le lien émotionnel avec les objets qui nous entourent pour un utilisation plus juste et plus poétique, un crédo que Beaubleu ne peut qu’acquiescer.

A la recherche de l’essentiel et de création temporelle, le heureux hasard nous a amené à rencontrer Paul Jaquet, architecte et fondateur de HAME.  Nous discutons avec lui de sa vision de la pluridisciplinarité, de la création et du temps.

Première rencontre avec Paul Jaquet

Tout a commencé par un mail envoyé par un certain Paul Jaquet  pour une demande de présentation privée de notre collection. Nous le rencontrons alors dans nos bureaux où il observe puis essaie les montres Beaubleu. Notre conversation finit par dévier sur des sujets passionnants comme l’architecture, l’automobile et l’artisanat. Par manque de temps, nous décidons de nous revoir. Et cette fois-ci, c’est nous qui nous déplacerons dans un cadre complètement différent. Direction son studio d’architecte de la belle agence parisienne Hame.

Paul Jaquet : essentiel et créativité

Un vendredi matin de janvier nous arpentons les rues du 10ème arrondissement de Paris en profitant des éclaircies. A la hauteur d’un immeuble du 19ème siècle, Paul apparaît par une petite porte dérobée puis nous invite à entrer. Et là, surprise ! Nous tombons sous le charme, après être passés par une petite cour intérieure, nous découvrons le rêve de tout créatif : un véritable atelier du début du siècle dernier surplombé d’une verrière entourée de végétaux.

« Aucune excuse pour ne pas bien travailler » nous lance Paul en montrant l’atelier dans lequel flotte une odeur de plans fraichement imprimés. Veste bleue, T-shirt noir surmonté d’une tête blonde, un jean bleu légèrement patiné, des chaussures en cuir à bout rond, un carnet moleskine à la main et sa montre Beaubleu Le Lumineux, Paul Jacquet, architecte passionné et pétillant, nous accueille.

l'architect Paul Jacquet

Comme beaucoup d’entre nous, Paul a fait ses armes dans de grandes agences françaises. Un prix d’architecture en amenant un autre puis un autre, l’agence Hame est né. Mais revenons à l’origine de tout cela, pourquoi l’architecture ? Pour la même raison que nous nous sommes lancés dans le design et l’horlogerie : pour offrir un regard prospectif sur les civilisations tout en croisant les disciplines. Quoi de plus passionnant nous raconte t-il que de « parler et penser la sociologie, la culture, la philosophie dans la création».  A la vue de différents travaux, nous réalisons avec plaisir que chaque projet est animé par une recherche de l’essentiel (pas de minimalisme ici), « de ce qu’il fait sens dans un lieu », une quête de justesse.

Sa vision du temps

Un croquis sur sa table attire notre attention : une série de traits laisse subtilement apparaître une façade de maison, impossible à ce stade de deviner l’étape de construction. Paul, nous voyant nous interroger sur ce croquis, nous dit en rigolant « ah ça, c’est la question d’une vie, comment savoir finir une création (architectural ou non), Auguste Peret disait : « l’architecture, c’est ce qui fait les belles ruines » ». Nous nous amusons de cette phrase qui fait écho à l’artisan Adrien Penso par rapport à la beauté d’un objet dans sa patine.

L’architecture partage les mêmes liens en ce qui concerne le temps, questionner son rapport, son origine et sa finalité. Pour Paul Jaquet, le temps est rythmé par des moments d’attention et d’autres plus inconscients, c’est en cela qu’il s’apprécie : par sa relativité.

Aujourd’hui Beaubleu et Paul Jacquet usent de la même conception du temps dans leur travail : le mettre en avant le temps dans ces plus infimes détails tout en faisant grandir cette vision, rien d’étonnant donc de voir afficher dans son studio : « Temporalité et Création, c’est prendre le temps d’aller vite », inspiré d’un ancien slogan publicitaire.

Nous sortons de cette belle matinée la tête pleine d’images, d’inspiration, et de motivation pour faire grandir Beaubleu. L’aventure ne fait que commencer, et comme le ponctue Paul en tant que bon architecte et entrepreneur : « A très vite, et n’oubliez pas : une pierre dix coups » !

En vous souhaitant des heures merveilleuses,

Beaubleu